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| 29 |
Les événements récents survenus en Iran indiquent-ils que le système mis sur pied à l’issue de la révolution islamique de l’Ayatollah Khomeiny en 1979, est en train de craquer de toutes parts ?
Ces dernières semaines, j’ai beaucoup pensé à une conversation à Téhéran, en 2004, avec un groupe de professeurs d’une des grandes universités de la ville sainte de Qom, l’Université Mofid. Celle-ci comprend des facultés d’études islamiques, de sciences politiques et de droits de l’homme.
Nous étions là-bas pour la mise en place d’un groupe d’amitié entre femmes belges et femmes iraniennes.
A notre grande surprise, nous avons constaté que nos interlocuteurs débattaient quotidiennement de tous les thèmes dont on n’imaginait pas qu’ils puissent être abordés en Iran: la démocratie, les droits de l’homme, la liberté d’expression, les droits des femmes.
A la fin d’une discussion passionnante, j’ai demandé à mes interlocuteurs s’ils pensaient qu’il était possible de réformer à l’intérieur du système.
L’un d’entre eux a répondu qu’il y avait deux écoles : l’une croyait que c’était possible ; l’autre pensait que c’était impossible et que par conséquent, la société iranienne allait droit dans le mur.
Ce commentaire me semble particulièrement pertinent ces jours-ci. La situation qui prévaut en Iran ne pourra pas se maintenir indéfiniment.
La vague verte qui a accompagné récemment la brève campagne électorale, la mobilisation massive de la population en faveur du candidat réformateur, Mir Hossein Moussavi, l’annonce soudaine -à l’encontre de toutes les prévisions- de la victoire du président Mahmoud Ahmadinedjad, laissent augurer une évolution irréversible.
On semble bien au-delà de la révolte d’étudiants réprimée dans le sang, il y a une dizaine d’années ; au-delà de la mobilisation de jeunes et de femmes des grandes villes, qui, en 1997, avait amené à la présidence Mohammed Khatami. On est bien au-delà aussi de toutes les manifestations plus ou moins discrètes des mouvements de femmes comme celui de la campagne « Un million de signatures », dont nombre d’animatrices ont été arrêtées et relâchées par la suite.
Le rejet des résultats d’une élection « démocratique dans un système non démocratique », par une partie de l’establishment de la révolution islamique, a apparemment obligé Mahmoud Ahmadinedjad, soutenu par le « Guide Suprême » Ali Khamenei et par de nombreux « Bassidji » (les « Gardiens de la Révolution »), à franchir un pas supplémentaire et à instaurer un système dictatorial.
Le président et ses alliés ne pourront plus prendre le risque d’organiser des élections semblables à celles auxquelles nous avons assisté depuis l’instauration de la République islamique.
La répression, déjà très dure, s’accentuera et touchera les opposants qui luttent à l’intérieur du système.
La population et une partie importante du clergé rejettent la politique démagogique menée par l’administration du président Mahmoud Ahmadinedjad. Les revenus faramineux du pétrole, avec un baril au plus haut, ont été distribués sans compter aux plus pauvres mais sans que soit mis en place un système de création d’emplois, ni une gestion raisonnée de ces ressources. (Par exemple, lors d’un autre séjour à Téhéran, j’ai appris que la Chine était devenue le plus grand fournisseur de produits finis, ce qui conduisait à la faillite une partie importante de la classe moyenne, constituée de commerçants et d’artisans).
Les attaques démagogiques contre l’Occident, la mobilisation nationaliste de la population ont cessé de séduire les masses. Les Iraniens sont patriotes ; ils sont fiers de leur civilisation, de leur culture. Ils veulent que leur pays soit une puissance régionale. Ils veulent aussi se doter de l’arme nucléaire pour pouvoir se défendre contre ceux de leurs voisins, qui ont, eux, l’arme nucléaire -l’Inde, le Pakistan, Israël- ou contre ceux qui sont « protégés » par les Américains.
L’arrivée à la tête des Etats-Unis de Barack Obama, avec son approche ouverte et sa volonté de dialoguer ne peuvent que plaire.
En évitant de soutenir ouvertement le camp des réformateurs et de donner prise aux attaques des dirigeants, l’administration américaine et les responsables européens ont géré avec diplomatie la crise actuelle en Iran.
Une suggestion qui contribuerait sans doute à accroître l’isolement du pouvoir: en reconnaissant formellement que la guerre Iran-Irak a été provoquée par Saddam Hussein et en exprimant leur sympathie pour les victimes iraniennes de ce conflit, le président américain et les Européens poseraient un geste symbolique dont l’impact sur la société iranienne pourrait être formidable. Il faut en effet rappeler que chaque famille a perdu un des siens dans une guerre qui fut imposée à l’Iran, au tout début de la Révolution islamique.
Et maintenant ? Il sera nécessaire de reprendre et de renforcer le flux de contacts entre représentants des sociétés civiles européennes, américaines et arabes avec la société civile iranienne.
Bien sûr, ces contacts sont à aborder avec beaucoup de doigté, de diplomatie et de sensibilité mais les Iraniens et les Iraniennes en ont besoin comme de l’air qu’ils respirent.





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